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Crédit photo: Club des Massigosseux |
Imaginez-vous au bord d’un lac nord-américain, il y a plus de trois siècles. L’eau est claire, le vent caresse les pins, et dans la main d’un voyageur, une petite tasse en bois. Ce n’est pas un objet banal : c’est une cup. Sculptée à même une loupe d’arbre, elle permet de boire directement à la source, dans un ruisseau ou un lac.
Née chez les peuples autochtones d’Amérique du Nord à la fin du XVIIᵉ siècle, la cup séduit rapidement les coureurs des bois canadiens-français, ces infatigables aventuriers de la traite des fourrures. Sur les chemins forestiers et les rivières sauvages, elle devient leur fidèle compagne.
Plus tard, bûcherons, draveurs, cageux et autres travailleurs de la forêt prolongent la tradition. Le soir, autour du feu, ils façonnent patiemment leur tasse, y inscrivant leur empreinte personnelle. Au XXᵉ siècle, les chasseurs et les guides de pêche perpétuent encore le geste. Certains en gardent une pour eux, d’autres les offrent aux Américains venus au Québec pour pêcher, comme des souvenirs uniques gravés dans le bois.
Pour comprendre la cup, il faut connaître la loupe. Ce n’est pas un outil d’optique, mais une excroissance qui pousse sur le tronc ou les racines d’un arbre. Elle naît souvent d’une blessure mal refermée, une branche cassée, une morsure d’oiseau, le choc d’une balle de chasse ou d’une simple bizarrerie de la nature.
Quand l’arbre tente de se réparer, ses cellules se mettent à croître de manière désordonnée. Les fibres s’entrelacent, donnant naissance à cette masse noueuse et compacte. Contrairement aux bois à fibres droites, qui peuvent se fendre en séchant, le bois de loupe est robuste et résistant, parfait pour sculpter une cup qui dure toute une vie.
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Crédit photo: Club des Massigosseux |
Tout commence par le choix de la loupe, souvent de bouleau ou d’érable. L’artisan en retire l’écorce, puis, à l’aide de couteaux et de gouges, il creuse l’intérieur pour façonner le récipient.
Vient ensuite le moment créatif : gravure en relief, touches de peinture, pyrogravure qui noircit le bois en de fins motifs. Certains y voient des formes d’animaux, d’objets familiers, et les sculptent avec soin.
La cup est ensuite laissée à sécher, poncée jusqu’à devenir lisse au toucher, puis protégée par un vernis ou une huile. On lui ajoute souvent un cordon, parfois orné d’un petit morceau de bois sculpté, pour l’attacher à la ceinture. Autrefois, ce cordon était en peau de cerf ou d’orignal, solide et souple à la fois.
À Mandeville, au cœur de Lanaudière, cette tradition n’a jamais totalement disparu. Pendant des décennies, les guides de pêche ont vendu leurs cups aux membres américains du prestigieux Mastigouche Fish and Game Club. Jusqu’au début des années 1970, ces visiteurs repartaient chez eux avec, dans leurs bagages, un morceau d’artisanat local, souvent le début d’une collection.
En 2017, un projet de mise en valeur des savoir-faire de la MRC de D’Autray a ravivé cette flamme. De nouveaux artisans ont été formés, et le Club des Massigosseux est né, prêt à transmettre encore longtemps l’art du gossage de cup.