Portrait du travailleur | Artisan ébéniste & sculpteur

Guillaum Gibault est le sculpteur derrière les cuillères Urubu. Artisan ébéniste de métier, il affectionne dans ses temps libres la sculpture sur bois, plus particulièrement la sculpture suédoise. Depuis 1 an et demi, il prend plaisir à bâtir, à son rythme, son projet artistique Urubu qui lui permet d’être accompli de part entière dans son métier d’ébéniste.  

Bien qu’il adore son travail d’artisan ébéniste, Guillaum trouvait qu’il lui manquait quelque chose. Son désir d’adhérer à un travail plus naturel et moins machinal l’a amené à sculpter des cuillères.

« J’aime tellement travailler le bois, je me cherchais quelque chose à faire de différent de ce que je fais 40h semaine. »

Pourquoi les cuillères ?

L’artiste lanaudois, originaire de Sainte-Marcelline-de-Kildare, a adopté la cuillère pour plusieurs raisons. Tout d’abord, c’est un outil très pratique qui existe depuis des millénaires. Aussi, c’est un objet simple et accessible qu’il peut réaliser n’importe où puisqu’il dépend seulement de ces trois outils. Seulement trois outils l’accompagnent dans son travail, soit la hache et deux couteaux, dont un couteau croche, ce qui rend sa technique très minimaliste. D’ailleurs, cette technique de sculpture est inspirée en autre du peuple viking qui travaillait beaucoup le bois, entre autre pour se fabriquer des éléments de cuisine. Le tout avec des outils très basiques, nous a expliqué Guillaum.

Un processus de création 100% artisanal

Le processus de créations des cuillères Urubu est entièrement artisanal, puisque 2 des 3 outils que Guillaum utilise sont faits à la main. La hache a été complètement forgée à la main dans une petite forge en Suède. Le couteau croche, un outil très spécifique qui permet de faire des creux, a été fait à la main par un sculpteur britannique.

Il confectionne environ 2 à 3 cuillères par semaine. Une cuillère demande environ 2 heures de travail de sculpture. La finition est entièrement faite au couteau, sans sablage, ce qui donne un look non industriel aux produits Urubu.

Les essences derrière les cuillères Urubu

Évidemment, derrière chaque objet de bois, il y a un travail de sélection d’essence à faire. L’artiste ébéniste nous a expliqué qu’il éliminait d’emblée les conifères à cause de leur résine et de leur dureté. Aussi, il retire quelques feuillus, tels que le frêne et le chêne qui sont trop poreux, donc peu hygiénique dans le cas d’une cuillère, et également trop difficile à sculpter. Dans le cas des cuillères Urubu, Guillaum utilise principalement le bouleau et l’érable.

Le bouleau jaune donne une belle couleur et se travaille bien au couteau, tout comme le bouleau à papier, une autre essence qu’il aime utiliser pour son abondance et sa disponibilité. Bien que ces essences se travaillent très bien, Guillaum nous a confirmé que c’est l’érable à sucre qui donne le plus beau résultat, mais il est très dur. C’est pourquoi son essence préférée est l’érable rouge, un bois qui donne un aussi beau résultat que l’érable à sucre, mais qui se travaille beaucoup mieux étant un peu plus mou.

Urubu : plus qu’un simple nom

L’urubu est un oiseau du Québec qui fascine Guillaum depuis son enfance. Il a donc décidé de rendre hommage à cet oiseau qu’il qualifie comme mythique et mystérieux en nommant son entreprise Urubu.

« Aussi, quand je me suis penché sur l’idée, je trouvais que l’image rejoignait mes cuillères, car l’urubu joue un rôle particulier dans l’écosystème en nettoyant la nature des carcasses, chose que je fais également en récupérant le bois d’arbre cassé ou déraciné. »

L’urubu est également représentatif dans le projet de sculpture de Guillaum, car c’est un oiseau qui ne représente pas les normes de beauté, tout comme ses cuillères qui ont comme particularité d’être imparfaites.

« L’esthétique de mes cuillères vient du concept japonais Wabi-sabi qui se résume à l’idée de voir le beau dans l’imparfait et l’irrégulier. »

Le métier d’artisan ébéniste

Guillaum a suivi la formation collégiale d’artisan ébéniste à l’École d’ébénisterie d’art de Montréal. Les objectifs de cette formation sont bien différents du DEP en ébénisterie. En effet, elle est très axée sur le travail autonome et l’entrepreneuriat, ce qui amène les étudiants à développer des techniques moins machinales, car en étant à son compte, il est difficile d’investir pour une grosse machinerie industrielle. Le DEP démontre d’ailleurs plus ce côté industriel de l’ébénisterie et c’est ce qui différencie beaucoup les deux formations académiques.

C’est d’ailleurs son titre d’artisan ébéniste qui a amené Guillaum à travailler dans une entreprise locale d’ébénisterie à l’Épiphanie qui fabrique des lampes, des cuisines et autres mobiliers. Sa formation a également été essentielle dans le démarrage d’Urubu ainsi que dans ses créations.

« Le plus grand défi c’est de se battre contre les gros », nous a expliqué Guillaum.

En effet, en tant qu’artisan ébéniste il est très difficile de se démarquer devant les grandes industries, telle que IKEA qui fabrique des meubles en bois à des prix abordables.

Aimer le bois : une nécessité

D’emblée, Guillaum nous a fait part qu’il faut être passionné pour être artisan ébéniste, mais également pour travailler le bois en général. C’est une matière capricieuse qui demande de bien connaître ses particularités. C’est en quelque sorte le bois qui guide l’artiste, selon sa fibre, son grain.

« Il y a des métiers où il est possible d’accomplir son travail sans avoir nécessairement une passion, mais le métier d’ébéniste demande un réel intérêt pour réussir son travail », nous a-t-il affirmé.

C’est un métier qui demande des connaissances que seul un passionné détient, surtout dans le domaine de la sculpture qui demande de lire davantage la fibre du bois.

C’est d’ailleurs pourquoi Guillaum aime travailler le bois,

« C’est une surprise à chaque fois que je fends la bûche. »

Cet effet de surprise l’amène souvent à improviser dans sa création en se laissant inspirer par les détails du bois. C’est en quelque sorte pour lui sa façon de méditer. De plus, le travail en soustraction que demande le travail du bois est un élément que Guillaum trouve très intéressant.

« Tu enlèves de la matière, mais tu ne peux pas en rajouter. »

Finalement, bien que Guillaum a de l’intérêt pour la forêt depuis son enfance, il aime travailler le bois notamment pour son aspect environnemental.

« Le bois est une matière qui nécessite peu de transformation. Étant renouvelable, c’est une ressource écologiquement très intéressante, lorsque bien gérée. »

Une profession bénéfique pour les forêts

En ce temps de pandémie, on favorise l’achat local, mais c’est un concept qui devrait être davantage incrusté dans notre mode de vie. Bien que le bois soit une matière écologique, en encourageait des produits de bois fait localement le geste compte encore plus!

C’est ce que Guillaum nous a expliqué en parlant de l’impact de l’ébénisterie québécoise dans l’avenir de nos forêts.

« L’ébénisterie au Québec est bénéfique pour les forêts, parce qu’on s’approvisionne localement auprès d’une industrie forestière qui est bien gérée contrairement à ailleurs dans le monde. »

Pour se procurer des produits Urubu, visitez le site web et la boutique Etsy de Guillaum!
https://www.urubu-artisan.ca/


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