Évaluation du succès d’établissement de végétaux aménagés en systèmes agroforestiers dans différents écosystèmes de Lanaudière

Depuis quelques décennies, de nouveaux systèmes agricoles plus durables voient le jour, tels que les systèmes agroforestiers. Ces systèmes sont, selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), ceux qui présentent le meilleur potentiel d’atténuation des changements climatiques (CRAAQ, 2017). Ces aménagements sont réalisés en combinant plusieurs strates végétales comestibles (arbres, arbustes et herbacées) dont les fonctions écologiques se complémentent. Les milieux ainsi créés imitent la nature tout en procurant de la nourriture, en augmentant la captation et le stockage d’énergie, en réduisant le lessivage des éléments nutritifs (Jacke et Toensmeier, 2005) et en offrant une diversité biologique propice au maintien d’écosystèmes durables. Le potentiel économique (en considérant les services écologiques) des systèmes agroforestiers pourraient s’élever à 5 milliards de dollars annuellement au Québec si 20 % des terres cultivées conventionnellement étaient converties en systèmes agroforestiers (CRAAQ, 2017).

L’entreprise Ressources forestières biotiques (RFB) a fait évaluer en 2018 la performance de tels aménagements (appelés « vergers potagers forestiers » VPF) s’inspirant des notions de permaculture, implantés chez 24 entreprises lanaudoises totalisant 10 hectares. La réalisation de ce projet de recherche visait entre autres à cibler les espèces les mieux adaptées à l’installation de ces parcelles de forêt nourricière en fonction des particularités régionales, de leur type d’habitat ainsi que de leurs caractéristiques écologiques. Pour ce faire, le Centre de développement des bioproduits Biopterre a été mandaté afin d’évaluer les modèles les plus prometteurs chez 15 de ces entreprises volontaires.

L’équipe de recherche et RFB ont choisi 10 genres de végétaux à étudier: l’amélanchier (Amelanchier sp.), l’argousier (Hippophae rhamnoides), l’aronia noire (Aronia melanocarpa), le camérisier (Lonicera caerulea), le rosier églantier (Rosa rubiginosa), le groseillier (Ribes grossularia), le noisetier hybride (Corylus sp.) le noyer (Juglans cinerea, Juglans ailantifolia et Juglans nigra), le rosier (Rosa rugosa et Rosa eglanteria), le sureau du Canada (Sambucus Canadensis), la viorne (Viburnum lentago et Viburnum opulus). Ces genres ont été sélectionnés car ils ont été implantés en nombre important dans une variabilité de sites distincts et parce qu’ils présentent un potentiel agronomique et commercial intéressant pour la région de Lanaudière.

Parmi les 10 genres de forestibles* ciblés, le camérisier est le genre qui avait le taux de survie le plus élevé, soit de 96 ± 7 %. Ce genre était suivi par le rosier (85 ± 11 %) et l’aronia (80 ± 14 %). Ces trois genres présentent donc un très bon potentiel de survie, étant présents autant dans des sites forestiers que dans des friches. Cinq autres genres de forestibles (argousier, groseillier, noisetier, sureau et viorne) présentaient de bons taux de survie de façon générale.

* Forestibles : Saviez-vous que cet ingénieux vocable pour mieux désigner les produits forestiers non ligneux (PFNL) a été initié par Alain Neveu, de Chertsey et transmis aux autres participants créateurs des Vergers potagers forestiers?

L’entretien des sites se révèle un facteur très déterminant à l’établissement de tous les végétaux. Une forte compétition herbacée limite de façon générale le développement des plants. La compaction du sol, la faible profondeur de sol (présence du roc et affleurements rocheux), l’acidité des sols, l’ombrage de la couverture arborée ont été identifiés comme des facteurs limitant également. Au contraire, l’inclinaison de la pente avec une orientation vers le sud, le bon drainage du sol et l’ouverture de la canopée sont des facteurs qui ont favorisé l’établissement de ces produits forestiers non ligneux.

Sur un même site, des conditions écologiques différentes étaient souvent retrouvés, en fonction de la topographie, la présence de cours d’eaux ou de bandes arborescentes. Une combinaison de facteurs écologiques peut être favorable pour un genre donné alors qu’elle peut être défavorable pour un autre. Chaque forestible a un potentiel de culture et d’établissement propre et les résultats démontrent que le bon microsite choisi et un entretien suffisant augmentent le développement et le rendement des parcelles. Au surplus, le fait d’avoir des plantations diversifiées rend ces systèmes agroforestiers plus résilients, et même s’ils peuvent paraître moins productifs que des cultures monoculturales, ces systèmes poly-culturaux offrent un potentiel très intéressant par unité de surface. À terme, en ciblant les paramètres qui sont favorables à chacune des plantes et en optimisant les aménagements et les entretiens constants, ces systèmes ne deviendront que plus attrayants et productifs.

Au cours des prochains mois, RFB partagera ponctuellement les résultats pour quelques espèces étudiées en lien avec les nouvelles perspectives d’aménagement de forêts nourricières dans Lanaudière.

Références : www.rfbiotiques.com ; www.biopterre.com

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